Lecture lenteUn recueil poétique à parcourir comme un paysage.
Les poèmes ci-dessous prolongent les thèmes présentés dans la page Poésie : la maison intérieure, la nature proche, la mémoire douce et le silence. Chaque texte peut se lire seul, mais l’ensemble compose un chemin qui mène naturellement vers les carnets d’écriture.
Aube
La chambre claire
Le matin pose sa main
sur le bord de la chaise,
et tout ce qui pesait hier
devient poussière blonde.
Dans la tasse refroidie
une île de silence demeure,
je la traverse lentement
sans réveiller les oiseaux.
La fenêtre garde encore
un peu de nuit dans ses angles,
mais déjà le jour apprend
à prononcer mon nom.
Je n’ai rien demandé
sinon cette paix très fine :
une lumière sur le bois,
un souffle, un commencement.Poème du matin
Mémoire
Ce qui revient
Les maisons gardent parfois
des pas que personne n’entend.
Un rideau bouge,
une odeur de pluie remonte,
et l’enfance se tient là,
minuscule,
avec ses mains pleines de ciel.
Elle ne parle pas fort.
Elle montre seulement
la marche où l’on s’asseyait,
le bol bleu, la porte basse,
le rire oublié sous la vigne.
Alors le présent s’écarte
comme une herbe mouillée,
et quelque chose en nous
retrouve doucement son chemin.Fragment de mémoire
Jardin
Après l’orage
La terre respire fort
sous les feuilles lavées.
Chaque goutte suspendue
répète le monde entier,
comme si la lumière
avait trouvé refuge
dans ce qui tremble.
Un merle avance sur l’allée,
grave comme un messager.
Il ignore nos inquiétudes,
il connaît la grammaire des branches.
Après l’orage,
rien n’est vraiment réparé,
mais tout accepte de briller
malgré la boue, malgré le vent.Paysage
Soir
Presque rien
Il suffit d’une lampe,
d’un livre resté ouvert,
d’un nom que l’on ne dit plus.
Le soir fait son travail
de grande couturière :
il rassemble les morceaux
et recoud doucement le jour.
Sur la table, les objets
prennent une patience nouvelle.
La clé, le verre, la lettre
semblent attendre notre pardon.
Presque rien,
et pourtant le cœur comprend
qu’il existe des refuges
dans la plus petite lumière.Nocturne
Chemin
Là où le silence marche
Je suis partie sans bruit
par le sentier derrière les jardins.
Les herbes froissaient mes chevilles,
les pierres savaient mieux que moi
où poser le prochain pas.
Au loin, la ville diminuait,
devenait une rumeur pliée
dans la poche du matin.
J’ai marché longtemps
sans chercher de réponse.
Parfois le silence suffit :
il met de l’ordre dans le vent,
il retire aux peurs leur costume,
il rend au ciel sa profondeur.
Quand je suis revenue,
rien n’avait changé,
mais je portais en moi
un espace plus vaste.Marche intérieure